Donc, on était à 23 heures le 31 du 12 de 2011 place de la République à Paris pour les vœux de la révolte. Il n’y avait pas foule, c’est vrai, mais quand même, c’était sympa. Sur des petits ballons, chacun était invité à foutre le vœu, le sien propre, pour qu’à minuit pile, le vent emporte tout. Un couple de touristes vénitiens est passé par là ; ils sont restés une heure pour « faire nombre », pensant dans un premier élan avoir affaire à des indignés, puis pas rancuniers, ils ont partagé une petite bouteille de champagne en s’excusant du caractère bourgeois de ces bulles. Dans leurs billets partis dans le ciel, ils ont souhaité la rivoluzione. Les autres, va savoir ce qu’ils ont écrit, mais ça devait être du même tonneau !
Droit d'association
vendredi 14 octobre 2011
Le cahier de doléances de Wall Street
Par TL, le vendredi 14 octobre 2011, 15:41
Je lutte des classes, qu’on disait ici. Ailleurs, quelque chose arrive aussi : aux Etats-Unis, dans le cadre du mouvement des indignés, baptisé là-bas Occupy Wall Street, certains revendiquent maintenant une appartenance à l’intersection de l’intime et du collectif : je suis les 99 %, de ceux qui perdent tout dans la guerre des classes, nous sommes le 99 %, je suis les laissés-pour-compte du système, et nous voulons que ça change ! Tout ce qui se dit quand y a tout qui va pas. Ce qui va de soi, ce qui coule de nous. Regardez voir, que demande le peuple !
vendredi 26 août 2011
Le besoin d'apprendre, un texte de John Berger
Par TL, le vendredi 26 août 2011, 12:44
Commentez sur le besoin d’apprendre et l’ignorance irresponsable. L’intitulé ressemble à un sujet d’examen dans quelque établissement pédagogique. Mais ici, c’est celui du récit d’événements qui se sont produits le même week-end.
Vendredi 13 mai 2011, la pleine lune luit au-dessus des Alpes françaises. L’air est très clair, on voit ses cratères à l’œil nu. A New York, Dominique Strauss-Kahn, le président du Fonds monétaire international (FMI) et candidat probable du Parti socialiste aux élections présidentielles françaises, a réservé une suite à 3 000 dollars la nuit à l’hôtel Sofitel de Manhattan.
Samedi 14, dans la petite ville de Thorens-Glières, en Haute-Savoie, plus d’un millier de personnes venues de toute la France participent à un Rendez-vous citoyen pour débattre et réfléchir sur les stratégies de Résistance, armée et politique. D’anciens résistants français ayant combattu l’occupation allemande évoquent sereinement leur expérience d’il y a soixante-dix ans. L’heure n’est pas à lancer une campagne politique, mais à s’interroger ouvertement, entre générations, sur le comportement à adopter, sur les moyens de protester face à l’inacceptable.
lundi 23 mai 2011
Adieu monde cruel, bonjour la révolution !
Par TL, le lundi 23 mai 2011, 19:09
Cela n’a échappé à personne, des salariés continuent de se tuer au travail ; parfois, ce sont des syndicalistes qui se suicident, comme c’est arrivé récemment à France Télécom ou à l’inspection du travail. Qu’est-ce que ces drames appellent ? Qu’est-ce qu’ils hurlent ? Que ça suffit, que cela ne peut plus durer. Y a tout qui va pas, mais on devrait se taire. Interdit de gémir, de larmoyer, de geindre, de se lamenter. Il est périlleux de se dolenter à la fenêtre ! Au mieux, on réserve aux proches les tourments, on dompte nos élans, il n’y a pas à partager la misère, rien de bon à tirer de cette tristesse individuelle et collective : il y a toujours plus malheureux que vous. La cruauté – celle du système tel qu’il broie, celle du monde tel qu’il roule à tombeau ouvert - nous fait perdre nos langues, nous coupe le sifflet - sidération.
Ailleurs dans le monde, après que des martyrs sont tombés (lire Le fantôme de l’amiral Nelson sur la place Tahrir), les bouches s’ouvrent. Dans le monde arabe, puis en Espagne. Elles disent des milliers de choses, elles partent souvent du quotidien pour tracer l’avenir. Ici, sur les réseaux sociaux, certains se prennent à rêver et déclinent : ils écrivent sur Facebook et ou sur Twitter #italianrevolution, #frenchrevolution… Dans l'Huma de ce lundi, le philosophe Alain Brossat trace, à propos de l'affaire DSK, un chemin: « Un ultime retournement ne serait-il pas ici pensable ? En effet, cet « éternel retour » de l’Ancien Régime sûr de lui et dominateur qui, cette dernière semaine, donnait de la voix sur tous les plateaux de télé, appelle-t-il autre chose que le sursaut d’un tiers état (l’immense majorité) excédé de tant de morgue et de mépris ? »
Pour redonner de la voix, il faudrait, peut-être, déjà prêter l’oreille. Et
choisir ensuite quelle ponctuation glisser au bout de cette phrase :
Que demande le peuple 
Dans l’Huma de ce mardi 24 mai, vous trouverez le cahier de doléances de Vierzon, réalisé avec douze citoyens (cheminot, intérimaire, comédienne, facteur, ouvrier, étudiante, etc.), l’historienne Sophie Wahnich et les graphistes de l’Atelier Formes Vives.
vendredi 20 mai 2011
T’as voulu ouïr Vierzon… Et on a ouï Vierzon !
Par TL, le vendredi 20 mai 2011, 18:11

Mardi 24 mai, l’Huma publiera un nouveau cahier de quatre pages Humaginaire, avec le concours de l’historienne Sophie Wahnich et des graphistes de l’Atelier Formes Vives. Il s’agit d’un cahier de doléances recueillies au mois d’avril à Vierzon (Cher). Une douzaine de femmes et d’hommes, citoyens ordinaires, tentent de déterminer, à travers une prise de parole individuelle, ce qui ne peut plus durer pour nous tous.
Et si il se passait quelque chose ? Il y a, dans l’air, un peu partout, un terme qui revient, pas simplement comme un appel rhétorique, mais presque désormais comme un fait établi ou, au moins, une impérieuse nécessité : révolution. Vous l’entendez, vous aussi ? En Tunisie et en Egypte, bien sûr. En Syrie, peut-être. Et maintenant, de l’autre côté de la Méditerranée, en Espagne, en Grèce aussi et même en Italie. Ça, alors !
Mais pourquoi Vierzon, dans ce contexte ? Ce n’est pas là que ça se passe, c’est légendaire, n’est-ce pas ? Jacques a dit, Brel a braillé. Et, comme pour Vesoul ou Honfleur, toutes les mauvaises blagues d’ancien régiment sont permises : la preuve, ce matin même, au Fou du Roi, l’émission du monarchiste Stéphane Bern sur France Inter, un ricaneur nasardait en évoquant un routier buvant du pastis et habitant à Vierzon. Moi, je suis allé là-bas, sans fil directeur ni programme, sans savoir qu’il y avait de l’espoir - je l’ai appris plus tard en lisant le journal municipal.

C’est à Vierzon que j’ai cherché les doléances car, quand nous avons publié, dans l’Huma, avec Sophie Wahnich, Adrien Zammit et Nicolas Filloque, une première double page sur la crise des dettes publiques en Europe, les doléances et la révolution en juillet 2010, elle a eu un petit écho perceptible, saisissable dans cette ville-là, au moins. Nicolas Sansu, le maire PCF de Vierzon, avait repris, dans son discours du 14 juillet, la doléance qui barrait le journal ce jour-là : « La vie des pauvres doit être plus sacrée qu’une partie de la propriété des riches. »
Il faut de la suite dans les idées, on en manque souvent, c’est pour ça que je suis allé à Vierzon. Mais, sans cette petite histoire, ça pourrait être ailleurs, aussi.
A lire le cahier de doléances de Vierzon, avec une douzaine de citoyens, Sophie Wahnich et les graphistes de l’Atelier Formes Vives, mardi prochain, dans l’Humanité. Ce numéro pourra être commandé/réservé chez les marchands de journaux jusqu’à midi le lundi 23 mai.
lundi 28 février 2011
Sauvagerie
Par TL, le lundi 28 février 2011, 19:10
Il y a cette phrase qui tourne dans la tête. Elle figure dans le dossier d’ouverture du Nouvel Observateur de cette semaine, consacré à l’incroyable succès de Stéphane Hessel. C’est Christophe, ouvrier, qui confie à la journaliste chargée d’aller voir quelques atomes isolés parmi les 1,2 million de lecteurs d’Indignez-vous ! : « Qu’il reste une étoile lointaine à peine visible, cela me suffit, ça m’évite de sentir la sauvagerie de ma classe qui remonte au fond de moi. » Voilà ce qu’il confie, Christophe, ouvrier, à l’hebdomadaire. L’assertion est étrange, vous ne trouvez pas ?
vendredi 21 janvier 2011
Patates
Par TL, le vendredi 21 janvier 2011, 13:46
En marge de l’entretien accordé lundi dernier à l’Huma et publié hier au cœur d’un dossier de trois pages, Eric Verhaeghe m’a confié quelques cartouches ramassées sur le champ de bataille. Traces du tir de barrage que provoque son livre dans la plupart des médias dominants, liés au Medef et à ses croyances (voyez donc celui-ci qui, postérieur à notre conversation, l’illustre remarquablement à mes yeux). C’est hors antenne l’intervieweur d’une radio dite économique qui, constatant que son invité est fils d’ouvrier, puise dans sa sociologie de comptoir une explication à la spectaculaire défection : « Forcément, vous ne deviez pas être à l’aise avec les patrons ! » Je crois bien me souvenir qu’en livrant cette anecdote, l’autre jour, Eric Verhaeghe, l’affranchi du patronat, a parlé de « coup de pute »… Ou alors, c’est moi qui l’ai pensé. Grossier merle.

Voici l’extrait d’un roman, d’un récit qui dépasse, et de loin, cette petite affaire (évoquant Tarnac, l’insurrection qui plus ou moins vient, le purin d’orties, la police et les livres, etc., Nathalie Quintane cherche et trouve le moyen de faire entendre le son du canon de la Révolution sans glisser vers la Restauration dans la langue). Je l’aime bien, je vous le donne :







