Humaginaire.net : pour un nouvel imaginaire politique (chantier)

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samedi 21 avril 2018

Mieux vaut 68-art que jamais, par Gérard Paris-Clavel

En mai 1968, j’avais 24 ans. Mes études étaient largement finies. Je bossais comme graphiste, j’étais directeur artistique dans un studio de mode. C’était un de mes premiers boulots... Quand les occupations commencent, vers la mi-mai, je vais aux Arts Déco, où la production d’affiches sera aussi puissante qu’aux Beaux-Arts. Aux Arts Déco, il y avait une forte présence syndicale de l’Unef : dans les années précédentes, en 1967 surtout, il y avait eu la transformation du folklore, des fanfares et des bizutages en actions syndicales ou de solidarité avec le Vietnam avec, encore en mémoire vive, la guerre d’Algérie. C’était politisé déjà : ça ne sort pas de nulle part.

Sur place, on se connaît déjà pour certains, pour s’être rencontrés pendant nos études à Paris ou aux Beaux-arts de Varsovie. Il n’y avait pas que des étudiants, loin de là, mais aussi beaucoup d’anciens élèves qui étaient devenus des professionnels. Mes copains sont là : Pierre Bernard, qui a lui aussi étudié en Pologne auprès d’Henryk Tomaszewski, et François Miehe qui est encore étudiant et responsable syndical aux Arts Déco.

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vendredi 23 août 2013

L'affiche en regard (interlude)

Ce vendredi, dans le cadre de notre série, l'Humanité remet en circulation une image du printemps érable qui a secoué le Québec l'année dernière. Une occasion d'aller y voir de plus près, non ?

Collectif de l'École de la montagne rouge, extrait du tumblr

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dimanche 04 août 2013

L'affiche en regard (interlude)

En 1995, Jacques Chirac décide de relancer une campagne d'essais nucléaires à Mururoa (Polynésie française). Le monde proteste. Au Japon, le graphiste U.G. Sato prend l'initiative d'inviter ses collègues à faire connaître leur opposition. Des images seront envoyées par fax à l'association Ne pas plier à Ivry (Val-de-Marne) avant d'être tirées en affiches et de défiler sur les boulevards.

Et l'une d'elles est remise en circulation ce lundi dans l'Humanité à travers l'affiche en regard - sauras-tu la retrouver?

Extrait d'un petit livret édité en 1996 par l'association des graphistes japonais (Jagda) et diffusé avec le concours de Ne pas plier en France

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mardi 11 octobre 2011

... Et nous allons la réinventer

JE LUTTE DES CLASSES, première page du cahier réalisé par Ne pas plier

JE LUTTE DES CLASSES, pages 2 et 3 du cahier réalisé par Ne pas plier

JE LUTTE DES CLASSES, dernière page du cahier réalisé par Ne pas plier

Un cahier de quatre pages JE LUTTE DES CLASSES réalisé par le collectif Ne pas plier qui dispose désormais d'un site internet à explorer.

mardi 31 mai 2011

Peut-être

« Tout ce qu’on dit de mal sur le Paris d’aujourd’hui est vrai, écrit Eric Hazan dans Paris sous tension (éditions La fabrique, mars 2011, 12 euros). Que les rues chics du centre ressemblent au duty free d’un aéroport international, que l’apartheid entre les riches et les pauvres est de plus en plus rigoureux, que la part des quartiers populaires du nord et de l’est se rétrécit chaque jour davantage, qu’on ne trouve plus de lieux de réunion, l’idée même de réunion ayant perdu une bonne part de son sens. Le vocabulaire des journalistes spécialisés, des sociologues et des édiles reflète la grisaille qui s’étend sur la ville – la grisaille, et non le gris qui est la grande couleur parisienne, celle du zinc des toits, du granit des trottoirs et du crépi des artistes plâtriers, autrefois creusois et aujourd’hui maliens. Proximité, mixité, convivialité, solidarité, tout ce fatras résonne comme la dénégation d’une grande perte, celle de l’idée d’un bonheur commun. »

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lundi 28 février 2011

Entrée libre

« UTOPISTE DEBOUT », « RÊVE GÉNÉRALE », « JE LUTTE DES CLASSES »... Qui n’a pas déjà été confronté à ces signifiants papillons autocollants ? Arborés au cours d’une manifestation, placardés sur un mur ou sur le mobilier urbain, ces messages interpellent le regard et marquent les esprits. Là où d’autres graphistes mettent la force du signe au service du marketing et de la consommation, Gérard Paris-Clavel affirme que le graphisme peut et doit contribuer aux luttes pour la transformation sociale. Avec l’association Ne Pas Plier, ce graphiste lutte pour qu’aux signes de la misère ne vienne pas s’ajouter la misère des signes. Comment les images s’inscrivent-elles dans l’espace public ? Quel est leur sens politique ? Les images peuvent-elles effectivement transformer notre rapport au monde ?

Rendez-vous le vendredi 4 mars 2011, 19h-21h, à la Sorbonne (amphi de gestion, 1, rue Victor Cousin, 75005 Paris), dans le cadre d'un cycle de rencontres-débats et d’expériences singulières proposé par le Master Projets Culturels dans l’Espace Public Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Entrée libre sur inscription.

samedi 02 octobre 2010

Elle est bientôt finie, cette nuit du Fouquet's ? (Le Peuple)

Quand elle est énorme, une manifestation déborde toujours à un moment - le gouvernement peut tricher sur les chiffres, qu'est-ce que ça change ? Ce samedi, sur l'un des deux parcours parisiens, celui qui passait par la Bastille, des milliers de personnes ont pris place entre le carré de tête et les troupes de Solidaires – le premier des cortèges syndicaux –, et pour beaucoup, elles se sont retrouvées autour des gigantesques calicots, des lourdes banderoles montées sur des bambous et portées par les comédiens, musiciens et artistes du Théâtre du Soleil.

Manif contre le projet de réforme des retraites, le 2 octobre 2010, une des banderoles du Théâtre du Soleil, photo de Pierre Pytkowicz

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dimanche 26 septembre 2010

Un haut-fourneau dans la tête

Emmanuel s’est garé sur le parking des frontaliers à l’entrée d’Hayange (Moselle) ; c’est ici que chaque matin, des petites mains trimant dans les services au Luxembourg se retrouvent pour le covoiturage. Cela tombe bien : on a une frontière à passer, nous aussi. « Viens, monte », invite-t-il. La nôtre, plus mentale que physique, paraît pourtant infranchissable pour beaucoup, aujourd’hui. « La Lorraine compte quatre départements, plus un cinquième qui s’appelle la sidérurgie », aiment signifier Emmanuel et ses copains du collectif associatif Rot Front 36.

Cinq minutes plus tard, depuis le belvédère de « la Vierge », sur les hauteurs de cette ville « berceau du fer », le grand punk de 36 ans, membre du groupe électro-industriel Muckrackers et pilier d’un obscur Front de Libération de la Lorraine Harsh Punk (« punk abrasif », NDLR), observe la Vallée de la Fensch, au centre du « cinquième » département de la région. Pas du tout sentimental, ni vraiment nostalgique, devant ce cœur d’acier brisé, il pointe du doigt les hauts-fourneaux et les laminoirs qui tournent encore, l’ancien château des Wendel là-haut dans la forêt ou un crassier qui, après avoir gratté le ciel, se tasse petit à petit… « L’activité repart, les clients qui avaient déstocké massivement avec la crise sont en train de revenir », explique-t-il en contemplant un filet de fumée.

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mercredi 08 septembre 2010

Je lutte des classes... et j'aimerais que ça continue

Manifestation du 7 septembre 2010, photo de Pierre Trovel

Manifestation du 7 septembre 2010, photos de Pierre Trovel

En quelques heures, tout a disparu. Et a été dispersé dans la manif. Hier, dans les cortèges parisiens, alors que l’Huma publiait en dernière page l’image en grand format, une trentaine de militants réunis autour de l’association Ne pas plier ont distribué leur 34.000 autocollants « JE LUTTE DES CLASSES ». Dans la joie et la bonne humeur, l’image s’est littéralement arrachée. On sent que le message sonne juste dans les défilés. Un succès qui a un sens, qui donne une responsabilité à ceux qui entendent prolonger heureusement « Rêve générale » et articuler le je, le nous et la lutte des classes. L’association Ne pas plier lance aujourd’hui un appel aux organisations pour coproduire un nouveau tirage de l’image et élargir la diffusion à tout le territoire. Tous ceux qui voudraient y associer des moyens financiers et militants sont invités à contacter Isabel de Bary et Gérard Paris-Clavel à l’adresse email : nepasplier@wanadoo.fr

Manifestation du 7 septembre 2010, photo de Thomas Lemahieu

Les trois premières photos sont de Pierre Trovel; la dernière de Thomas Lemahieu.

lundi 15 mars 2010

En solidarité, de l’utilité de la métaphore pour rêver et résister

Tout nous pousse à nous croire isolés, séparés et, ça ne fait pas un pli, nous le sommes : chacun sa merde, n’est-ce pas ? On n’y est pas obligé – elle ne se réduit pas à cela - mais on a le droit de lire l’œuvre, romans ou essais, tous genres joyeusement entremêlés, de l’écrivain John Berger comme un antidote à ce poison de l’époque. Livre après livre, il refait les nœuds là où les liens ont été cisaillés. Ressoude inlassablement, les jointures usées entre les vivants et les morts, entre les amants éloignés, entre l’intime et le collectif, entre la surface et la profondeur. Façonne une poche, oui, une petite poche de résistance qui, comme il l’a écrit un jour, « se forme lorsque deux personnes ou plus se réunissent parce qu’elles sont tombées d’accord ».

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jeudi 04 mars 2010

« C'est dans l'inachèvement qu'on peut trouver l'énergie d'agir au présent »

« L’idée, c’est plutôt qu’il faut capter ces signes venant du passé si l’on veut pouvoir saisir ceux que notre présent est capable de produire. Ce ne sont pas des signes d’espoir dont on a aujourd’hui besoin, ni de la pseudo-énergie du slogan, mais d’autres signes de frémissement, inaugurant de nouvelles expériences, beaucoup plus concrètes, même à des niveaux qui ne parviennent pas encore à être politiquement visibles. Des utopies concrètes, des écarts de conduite assumés. En tout cas beaucoup mieux et beaucoup plus que le récitatif sur l’impossibilité de l’expérience, de la politique, de la révolution… Il y a bien un possible, il gît dans l’inachevé. Avec l’éveil, il ne s’agit pas du tout d’achever le passé mais bien plutôt de le laisser et même de le rendre à l’inachevé. Et c’est dans cet inachèvement qu’on peut trouver l’énergie d’agir au présent. C’est là où il n’y a plus d’inachevé que se pointe le péril. C’est d’abord cela que veut dire le mot totalitaire : ne pas supporter l’inachèvement, ne pas supporter l’ouverture de la communauté à ce qu’elle ne peut pas réaliser. Ou si vous préférez, c’est aussi bien toute la question du mot de passe : « Si tu connais le mot de passe, tu entres, si tu ne le connais pas, tu n’entres pas. » C’est ce fonctionnement-là qui est véritablement l’ennemi, et qui doit être aboli. Le mot de passe, c’est une sur-substantification du nom qui tire le langage hors de lui. C’est pour cela que la littérature est au fond le seul bon modèle politique dont on dispose : parce qu’elle récuse dès le départ le mot de passe, parce qu’elle n’a de sens qu’à ouvrir le langage. »

Extrait d’un entretien avec l’insituable Jean-Christophe Bailly, réalisé par Suzanne Doppelt, Jérôme Lèbre et Pierre Zaoui et publié dans la revue Vacarme (n° 50, hiver 2010, en librairie). Tout le numéro est à lire : précieux dossier Défendre la gratuité, retour sur le dispositif Observer la ville à Nanterre, rencontre avec le cartographe Philippe Rekacewicz, etc.

lundi 01 février 2010

Du trop peu de Rêve générale

Rêve générale, photo de Pierre Pytkowicz, le 1er mai 2009

« Lors des manifestations qui se sont déroulées depuis le début de la crise, on n’a guère relevé le fait que beaucoup de gens arboraient une sorte de papillon sur lequel était écrit Rêve générale, avec en petit la signature Utopiste debout. C’est peut-être un détail mais qui me paraît extrêmement important car quelque chose s’inscrivait là en discordance avec la plupart des revendications. »

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samedi 09 janvier 2010

Amorcer un récit plutôt que délivrer un message

Les hommes politiques sont, paraît-il, émus face à la montée en puissance des incivilités et des violences urbaines. Ils ont raison de l’être car la vie est fragile. Elle émerge dans des moments d’insistance, une fois, deux fois, parfois même trois… Mais comment persévérer face à des oreilles aussi sourdes à ce mouvement désirant de la vie publique ?

Découragement. Solitude. A se jeter dans la Seine, par la fenêtre.

Les anxiolytiques sont parfois peu efficaces pour tenir le pavé de la vie.

La mort rôde à nouveau.

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Petits mots et petites expressions, petits et pourtant renfermant tout un monde

« Les grandes portes se rabattent
Nous sommes dans la cour d’une prison
Et c’est une nouvelle saison. »

« Ce sont euxnous – des camarades prisonniers. Cette reconnaissance, quelle que soit la tonalité de la voix dans laquelle nous le disons, implique un refus. Jamais autant que dans une prison, l’avenir n’est calculé et attendu comme quelque chose qui soit aussi totalement contraire au présent. Ceux qui sont incarcérés n’acceptent jamais le présent comme une fin. »

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