C’est étrange de me promener dans les librairies parisiennes, de voir mes livres exposés dans les rayons, et de penser que peut-être, dans quelque temps, ils seront introuvables dans un certain nombre de librairies de ma région, la Vénétie. Absents, mais pas parce qu’ils seraient épuisés. Non, expulsés par autocensure, par peur. Cette peur qui tenaille désormais les consciences de tant d’Italiens. Qui, entre le courage et la quiétude, choisissent la seconde. Après les bibliothèques, effet domino de la peur, ça pourrait être le tour des librairies. Cela arrivera comme une conséquence de la décision d’un conseiller provincial de Venise, l’ex fasciste Raffaele Speranzon, d’« inviter » les bibliothèques à exclure des prêts les livres de tous les auteurs qui, en 2004, avaient signé un appel de soutien à Cesare Battisti. Il a ensuite fait marche arrière, invoquant une provocation. Mais son homologue chargée de l’Education à la Région Vénétie, Elena Donazzan, ex fasciste elle aussi, s’est emparée de l’initiative pour l’élargir à toutes les écoles de Vénétie. Dehors, les livres des écrivains dérangeants !