Extrait du répertoire de chansons de lutte des ouvrières d'Aubade à Saint-Savin (Vienne)

Dans son livre, Jeunesse de la grève, France 1871-1890, publié au Seuil en 1984, l’historienne Michelle Perrot livre une interrogation fugace mais stimulante. « Le primat de la parole rapproche le mouvement ouvrier des mouvements populaires classiques et des sociétés rurales, par excellence monde du dicton, de la comptine et du proverbe. Mais dans les dernières, la parole est, en outre, un conservatoire. La tradition orale emmagasine et transmet les souvenirs de tous ordres – comiques, héroïques, météorologiques... – ; elle assume toute une mémoire collective. En milieu ouvrier, cette fonction paraît, au contraire, atrophiée. Des études de sociologie contemporaine ont mis en évidence cette tendance amnésique et la pauvreté de la conscience historique des travailleurs. Et si, dans l’été 1969, les éclusiers du canal de Bourgogne entonnent après boire la Butte rouge, ils disent ne plus savoir de quoi il s’agit. Certes, en ce domaine, on ne saurait se fier au seul énoncé, et une introspection bien conduite peut faire jaillir ce qu’on croyait effacé à tout jamais et peut-être simplement tu, enfoui. Nous ignorons ce que signifie l’oubli pour une société et comment fonctionne une mémoire collective. »

Et si c’était là darla dila dada, précisément là, qu’il fallait reprendre le travail ?