Plus rien ne paraissait possible, alors que Grapus demeure une influence majeure dans le paysage du graphisme contemporain, tant pour ses formes réinventées et enchevêtrées - son écriture, ses codes, sa langue, ses techniques, ses traits graves, mordants ou hilarants, etc. - que pour ses pratiques professionnelles - la création collective sans signature individuelle, son engagement, le questionnement de la commande, son détournement, son éthique de refus de toute compromission publicitaire, etc. Puis, si, en fait, c’était possible de faire ressortir Grapus. Il suffisait d’y penser, au fond. Ou d’avoir la vraie-fausse naïveté de Lionel Zwenger, le directeur des affaires culturelles de la ville de Thiers, qui, un beau jour, appelle les archives municipales d’Aubervilliers (où est conservé le fonds Grapus) et s’enquiert des possibilités d’organiser une expo dans sa ville. « J’avais l’impression d’avoir ouvert une boîte que personne ne voulait vraiment ouvrir », témoigne-t-il.

En vérité, les anciens de Grapus - François Miehe et Gérard Paris-Clavel, qui, avec Pierre Bernard, décédé en 2015, ont cofondé le collectif en 1970, ainsi que Jean-Paul Bachollet et Alex Jordan, qui l’ont rejoint en 1975-1976 - ont accepté sans se faire prier. Grapus à Thiers, ça tombe au mieux. Connivence immédiate : l’exposition se tient à l’usine du May, dans la spectaculaire vallée des coutelleries en friche le long de la Durolle, longtemps dévolue aux « showrooms » du patronat de la coutellerie, mais que la nouvelle municipalité PCF entendait rendre au partage des sens et des savoirs, et la mémoire ouvrière y suinte par tous les pores. « On a beaucoup de plaisir à être là dans le camp des travailleurs, glisse Gérard Paris-Clavel. Ce n’est pas Beaubourg, c’est à l’échelle de Grapus. Dans toute l’histoire du groupe, il y a toujours eu cette dimension affective, celle du partage, de la rencontre, le plaisir de la camaraderie. »

Quel privilège donc, mais surtout quelle joie de retrouver plus d’une centaine de ces images dans leurs dimensions réelles ! Et de voir les perspectives qu’elles ouvrent encore aujourd’hui pour l’imaginaire de la transformation sociale… Lors du vernissage, début juillet, les chevilles ouvrières de Grapus, rejoints par Anne-Marie Latrémolière, ont tous appelé à remettre en jeu, derrière les affiches, des pratiques collectives dans la création comme dans les luttes. « On a l’impression d’avoir vécu un âge d'or, estime François Miehe. Le collectif, après Mai 68, c’était dans l’air du temps. Le métier de graphiste avait du sens. Il en a encore aujourd’hui, mais il doit combattre la publicité et les technocrates avec leurs éléments de langage. Regroupez-vous, vous serez plus forts ! »

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

Expo Grapus été 2017 à Thiers

« CRAPULES STALINIENNES »: le nom « Grapus » est le retournement de l’insulte proférée par les gauchistes et les situationnistes qui dominaient les ateliers populaires en mai 1968 ou ensuite l’Institut de l’Environnement, où les trois cofondateurs du groupe (Pierre Bernard, François Miehe et Gérard Paris-Clavel) ont commencé à travailler ensemble.

60, c’est, au-delà du noyau dur, le nombre de personnes qui ont directement travaillé à l’aventure Grapus entre 1970 et 1990.

Affiche pour l'expo Grapus été 2017 à Thiers

Affiche pour l'expo Grapus été 2017 à Thiers

Affiche pour l'expo Grapus été 2017 à Thiers

Affiche pour l'expo Grapus été 2017 à Thiers

Affiche pour l'expo Grapus été 2017 à Thiers

Affiche pour l'expo Grapus été 2017 à Thiers

Affiche pour l'expo Grapus été 2017 à Thiers

Affiche pour l'expo Grapus été 2017 à Thiers

« Ce qui nous a soudés, c’est qu’on était agressifs… C’est quand on est devenus trop tolérants que ça a mal tourné ! »
 Gérard Paris-Clavel

Grapus remet la colombe de Picasso en marche (1981))