Une page entière, la 5, avec une actrice anamorphosée et un drapeau tricolore… Aux armes, citoyens ! Dans le texte, cela donne : « 14 juillet 1789, prise de la Bastille ; 14 juillet 2010, prise de la place Vendôme. Du 7 au 14 juillet, -17,89 % sur nos collections (voir nos conditions en magasin – remise à l’exception des nouveautés : Amour le jour se lève, Tu es le Sel de ma vie, Parce que je l’aime, Gueule d’amour, Perle Caviar mon Amour, alliances or et cave à diamant). » Chaque acheteur recevra, avec sa bague Dream & Love (6.165 euros moins 17,89%) ou sa montre Life for Ever (39.000 euros moins 17,89%), un carton pour le « grand bal du 14 juillet à l’hôtel d’Evreux place Vendôme ».

Rigueur, cure, austérité, purge, ajustement structurel, déficits, déremboursement, régime, ceinture, coupes, licenciements, dettes, etc. C’est notre fête – aucun doute. L’oreille collée à la terre, au tarmac ou aux pavés, les yeux ouverts plus simplement, vous entendez, vous, vous voyez, vous, ce qui gronde dans le pays. On s’arrête, on pense, on relie entre eux des faits, des moments, des situations, des territoires éloignés. Rencontré lors du Forum social européen (FSE) qui s’est déroulé à Istanbul la semaine dernière, Samir Abi, militant togolais pour l’annulation de la dette du Tiers Monde, nous prête une formule limpide : « Nous le savons bien et nous le disons en Afrique depuis des années, les banquiers et les rentiers qui ont financé les dettes en Europe comme chez nous ne mourront pas si les États ne les remboursent pas. En revanche, des citoyens du monde entier meurent sous les effets des plans d'austérité liés au remboursement de ces dettes. » Plus près de chez nous, lors de la dernière journée de manifestations contre le projet de contre-réforme des retraites, le 24 juin, l’agence de presse AFP a relevé à Pamiers, sous-préfecture de l’Ariège, où « le cortège était le plus gros depuis 1995 », une pancarte prometteuse ou menaçante – question de position : « Retraite : Premier ministre six mois, parlementaires six ans, ouvrier 42 ans, cherchez l’erreur !!! 1789 arrive !!! »

Pendant ce temps-là, au Richistan, la vie continue comme si de rien n’était. Et ses meilleurs représentants vous envoient leurs bons baisers de la place Vendôme. Un lieu qui, après la prise de la Bastille, avait été rebaptisé « place des Piques ». Il doit bien y avoir une raison, mais là-bas, ils ont manifestement oublié…

Au mur, un artiche ou une afficle, photo de Thomas Lemahieu

A lire et à voir dans l’Humanité de mardi prochain, le 13 juillet, un artiche ou une afficle, soit une double page à tourner dans tous les sens, composée par Sophie Wahnich, historienne du sensible, des émotions et de la Révolution française, Nicolas Filloque et Adrien Zammit, les deux graphistes du collectif Formes Vives. Un appel, dans la tempête des dettes publiques, à repartir, à reprendre des cahiers de doléances, à exprimer ce que nous endurons et ce que nous désirons. Et une nouvelle pierre déposée dans ce jardin pour un nouvel imaginaire politique.