C’est pourquoi je crois plus que jamais à la nécessité d’organiser les forces révolutionnaires sur le terrain de la lutte des classes, pour ne plus exposer les poitrines ouvrières aux baïonnettes de la bourgeoisie, et qu’on ne livre bataille que le jour où l’on aura toutes les chances de remporter la victoire.

Nos adversaires ne manquent pas d’écrire et de répéter que nous sommes des énergumènes sans idées et que nos aspirations sont toutes matérielles ; et ils nous en font un crime ! Et il ne leur vient pas à l’idée d’en accuser la nature !

Il y a du vrai dans cette appréciation. Mais ce qu’ils oublient d’ajouter, c’est que c’est absolument pour les mêmes raisons qu’ils ne veulent pas se dessaisir des privilèges dont ils jouissent, parce que c’est à l’aide de ces mêmes privilèges qu’ils donnent satisfaction à leurs aspirations également matérielles.

C’est bien au nom de ces exigences très naturelles et très humaines, au nom de l’appétit de l’esprit et de l’estomac, que les dépossédés de ce monde doivent s’organiser, non pas pour recommencer le Ôte-toi de là que je m’y mette de la bourgeoisie en 1789, mais pour substituer à l’antagonisme des intérêts et aux luttes de classes, l’égalité sociale ! »

Extrait de La Revanche des Communeux de Jean-Baptiste Clément (Paris, 1886), avec deux citations d'interprétations, plus ou moins fidèles, de sa célèbre chanson La Semaine sanglante (Serge Utgé-Royo, Natacha Ezdra et Bruno Daraquy, d'abord; Ludo Pin, ensuite). En guise de complément à la série de portraits de communards, publiés cet été et jusqu'au 9 septembre, par l'Humanité.