« (...) De quelle autorité parle la doléance ? De l’autorité de l’épreuve des jours, de l’autorité d’une connaissance qui serait nouée à cette épreuve sensible constante qui affecte les corps pensants, une connaissance qui reste insoupçonnée malgré la fatigue, la répétition, malgré le poids du déni, malgré l’information qui nous bombarde, malgré les écrans qui nous accaparent, une connaissance par rencontre des corps, connaissance de soi, connaissance de l’autre, connaissance du monde, qui n’a rien de virtuelle. Elle est souvent arc-boutée au travail, à des bribes de savoir, à des lectures, à des histoires, à des mots qui s’échangent, malgré tout quand il reste encore un peu de disponibilité pour écouter, tendre l’oreille, une oreille curieuse ou compatissante, une oreille rêveuse ou maussade, une oreille attentive.

C’est alors l’intimité du sentiment de la justice et de l’injustice qui permet à quiconque de déplacer l’impossible, d’interpréter les situations politiques et d’agir sur elles en se référant à la nécessité de résister à l’oppression. Le lien politique amical consiste ici à tenter de traduire des expériences sensibles à l’égard du juste et de l’injuste. Il nous semble juste de dire nos doléances pour produire la liberté politique dans un processus qui arrache les corps souffrants à leur condition et faire en sorte que chaque citoyen soit vraiment convoqué à participer à l’élaboration de la loi comme bien commun. (…) »

Extrait de l'appel du Tambour des doléances. Venez tambouriner avec nous !

A lire aussi: Que demande le peuple, le cahier de doléances de Vierzon et Voix, doléances, slogans, par Sophie Wahnich A voir: la mise en forme du quatre pages réalisée par Nicolas Filloque et Adrien Zammit de l’Atelier Formes Vives. Les trois images illustrant cette édition électronique en sont extraites. Et, enfin, à relire ou à revoir: Révolution, remettre les pendules à l'heure, par Sophie Wahnich et Formes Vives, une double page publiée dans l'Huma le 13 juillet 2010.