Beaucoup d’auteurs se laissent dépouiller de l’acte et de la nature politique de la diffusion : ils pensent que leur production se suffit à elle-même, peu importe où elle atterrit. Cela conforte l’image de l’artiste élitiste, au dessus du débat d’idées ou du conflit social, en dehors du champ politique. Celui-là se repaît du bonheur conforme et de notre oppression. Le simple exercice de leur virtuosité masque l’expression et la valeur du sens. « Cette soi-disant pureté, cette soi-disant autonomie du geste artistique, est la forme propre de l’aliénation de l’art, affirme Jean-Christophe Bailly. L’art, même le plus abstrait, part toujours d’un contact avec le réel, d’un effleurement, d’un toucher du réel. » Ni art politique, ni propagande : face aux ôteurs dont les formes vides ne décorent que leurs égos ou leurs comptes en banque, encourageons les pratiques critiques et politiques de l’art.

Question de l’image : L’art, c’est la bourse ou la vie ?

Une page publiée dans l'Humanité du 31 décembre 2009