Le travail de l'image, par Gérard Paris-Clavel: Le moindre mal n'est pas un bien (6/8)
Par TL, le mardi 29 décembre 2009, 14:12 - Paru dans l'Huma - Lien permanent
« Tout
concourt, dans les enquêtes dites « d’opinion », à faire produire
des réponses à des questions qui sont assimilées à tort à des opinions, décrit
Patrick Champagne. C’est dire aussi que ce que les instituts de sondage
appellent « opinion publique » est en grande partie le
produit de leur méthode d’enquête : c’est, le plus souvent, un artefact
résultant de l’addition mécanique de réponses qui se présentent comme
formellement identiques, masquant par là non seulement l’irréalisme d’une
partie plus ou moins grande de réponses recueillies (il faudrait plutôt dire
extorquées), mais aussi le fait que, dans le monde social, toutes les opinions
ne se valent pas, le poids d’une opinion étant dans la réalité fonction du
poids proprement social de celui qui l’émet. »
Le parti à prendre n’est pas celui de l’opinion, mais celui de la question : interroger, ce n’est pas écouter. Celle qui induit des paroles multiples et conflictuelles, qui produit une dynamique collective. Pas la peine de tabler sur le « débat » - une manière pour le capitalisme de faire taire la différence, en vérité – ni sur la solution toute prête qui règlerait le problème. Nous n’en sommes pas – plus - là. Et la recherche d’un public ne pourra jamais remplacer le partage des questions avec la population. Aux « photographies de l’opinion » que prétend faire l’industrie sondagistique, opposons nos images en mouvement, l’échange de nos idées et de nos rêves. Requestionnons les sujets !
Question de l’image : Dans quel sens est partie la critique ?
Une page publiée dans l'Humanité du 29 décembre
2009