Le travail de l'image, par Gérard Paris-Clavel: Piéton de la ville (3/8)
Par TL, le mercredi 23 décembre 2009, 11:19 - Paru dans l'Huma - Lien permanent
« Dans nos
villes, tous les jours, nous voyons des centaines d’images publicitaires,
constatait déjà John Berger dans Voir le voir en 1972. Aucune autre
catégorie d’image ne nous agresse avec autant d’insistance. L’histoire n’offre
aucun autre exemple de société présentant une telle concentration d’images et
une telle densité de messages visuels. Nous pouvons nous souvenir de ces
messages ou les oublier, mais nous les percevons brièvement, et pendant un
instant, ils stimulent notre imagination, soit par la mémoire, soit par les
aspirations qu’ils engendrent. »
Tu es en ville, dans la rue, tu circules, tu ne déambules pas – ça n’est plus possible. Tu es un individu qui reçoit des milliers de messages par jour. Les médias, propriétés des multinationales, produisent une quantité de signes telle qu’ils n’ont pas à s’occuper de la qualité. Tu reviens d’une promenade, tu n’es pas nourri, mais gavé. Tu es sous contrôle. Cette communication omniprésente de l’insignifiance te dévore, te consume et veut t’instrumentaliser en consommateur passif. La marchandise a tout débordé, elle t’occupe littéralement. Il ne reste que la vibration d’un gros tout qui n’a le sens de rien. Face à l’inflation publicitaire dans l’espace public en voie de privatisation, il faut considérer les murs comme une propriété collective, des biens communs. Pour faire ressurgir à la surface de nos villes les idées du changement social…
Question de l’image : Qu’est-ce qui fait disparaître le citoyen ?
Une page publiée dans l'Humanité du 23 décembre
2009