Heureusement, BPI est là pour préconiser des solutions, entre manœuvres et chantage : la direction de Siemens doit « prendre soin » du préfet, de l’inspection du travail et de l’expert désigné par le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) – et plus précisément, en l’occurrence, lui « faire comprendre qu’il pourrait avoir le contrat de finalisation » pour le transfert de certaines activités sur l’autre site de Siemens dans la Loire, à Montbrison. Concernant les représentants du personnel, il faut, encourage encore le consultant de choc, « créer des négociations parallèles » avec le secrétaire du comité central d’entreprise (CCE) « dans les couloirs et non enregistrées ». A l’égard des pouvoirs publics, toujours selon cette feuille de route, la direction n’a qu’à expliquer qu’elle ne changera pas d’un iota son projet quoi qu’il arrive, qu’elle « appliquera son plan B si la procédure est reportée » et que ce plan B consiste en un « désinvestissement complet » qui se traduirait par la fermeture de ses deux sites de la Loire. Et l’aide de camp du patronat de délivrer son meilleur élément de langage à l’adresse de ses clients : « Nous n’irons pas plus loin, même si le sang inonde la vallée du Gier. »

Hier, donc, je lis cette bave, et pense qu’en matière de « climat social », il y a vraisemblablement à voir dans la vallée du Gier, dans ce coin du département de la Loire. Au téléphone, un des membres de l’intersyndicale de Siemens se demande pourquoi ce document – dont il avait connaissance - sort maintenant, deux semaines après la fin du conflit qui s’est soldé par la promesse de versement d’une prime supralégale supérieure aux propositions initiales, mais pas par la mise en échec de la fermeture de Saint-Chamond. En substance, il laisse entendre que les salariés en sont plutôt à panser leurs blessures, à frayer à la cellule psychologique, et qu’il ne sert à rien de mettre aujourd’hui du sel sur les plaies. Aisément compréhensible : l’information arrive à contretemps, c’est net. Et au fond on redoute qu’à présent, le sang coule vraiment dans la vallée du Gier, peuplée d’un peu plus de solitudes…

Ce vendredi matin, le quotidien régional le Progrès reprend l’histoire en long et en large. Et la prolonge avec l’indignation du secrétaire du CCE (« Inonder de sang la vallée du Gier ? Ce sont des propos inadmissibles ! », affirme-t-il. Et à propos du fait que BPI risque de se voir confier le contrat de revitalisation après la fermeture de Saint-Chamond, il s’étrangle : « C'est immoral, BPI avait intérêt à licencier au maximum, pour obtenir ensuite un marché de revitalisation encore plus juteux. Ils mettent à mort et après, ils bouffent la carcasse ! ») et avec la contrition de la PDG du cabinet BPI (« La fatigue, le stress et la confusion sont à l'origine de cette phrase ô combien malencontreuse. En tant que PDG, j'en suis profondément désolée. Ces mots sont absurdes et ridicules, voire même franchement stupides (…) Dans certains cas, un peu d'empathie ne ferait pas de mal et en l'occurrence, nous en avons singulièrement manqué »).

Tous ces mots. Leur sens, leur vie propre dans les luttes… Sang, mise à mort, carcasse, puis tout d’un coup, empathie. Hier, j’avais aussi fureté sur le blog des « Siemens » de Saint-Chamond, et vu le retour en images sur une opération Ville Morte conduite au plus fort de la lutte. Les photographies sont splendides. La mise en scène, parfaite : en cas de fermeture, les salariés seront précarisés, humiliés, foudroyés, vaincus, fragilisés

Citation du blog de l'intersyndicale de Siemens VAI MT

Un constat taraude toutefois : les formes des luttes – nos images, dans tous les sens du terme – blessent parfois. Et ici, à première vue, c’est l’hécatombe. Mais peut-il en aller autrement ?


On n'ira pas à Pôle Emploi, une vidéo de lutte des salariés de Siemens VAI MT.