Bien sûr, bien sûr ! Et les masses demeurent invisibles, elles. Ça y est, Michel se lance. « Pour les dominants, il y a une différence entre les relations interpersonnelles tissées avec le personnel domestique et les relations indirectes avec les salariés de leurs entreprises ou de celles dans lesquelles ils sont actionnaires. Avec le petit personnel, il y a naturellement une exigence de courtoisie : on ne peut pas traiter sans égards le maître d’hôtel, le majordome ou la femme de ménage. Un membre du Polo de Paris m’a raconté un jour un incident. Une femme venait d’être admise dans ce club prestigieux – et où il ne s’agit pas, d’abord, de jouer au polo évidemment – qui occupe plusieurs hectares dans le Bois de Boulogne de Paris. Elle se présente à l’entrée pour la première fois, mais elle avait oublié sa carte de membre. Chargé de vérifier que les seuls les membres du Polo pénètrent à l’intérieur – c’est quand même le principe du club –, le gardien ne la laisse pas rentrer. Le ton monte et cette femme finit par gifler le gardien… L’incident est monté en conseil de discipline et cette membre de fraîche date a été exclue illico du cercle parce qu’elle avait fait quelque chose qui ne se fait pas. » La violence sociale, c’est dehors, n’est-ce pas ? « Ce sont des choses qui ne se font pas parce qu’il est très important de garder de bonnes relations avec les personnels les plus proches, poursuit-il. On l’a vu en creux dans l’affaire Woerth-Bettencourt, ce sont des gens qui observent, qui occupent des positions stratégiques… Par contre, pour le reste, on ne peut pas dire que les dominants se soucient beaucoup de la condition ouvrière. Ils ont tendance à voir, par exemple, ceux qui manifestent comme des gens qui en veulent toujours plus, qui ne sont jamais satisfaits. « Quoi, on ne va quand même pas les payer à rien foutre », s’énervent-ils dans une langue plus châtiée parfois… Alors que, précisément, ce sont bien souvent eux qui sont payés à ne rien faire et qui en veulent toujours plus ! »

Choses vues/entendues sur la tournée de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, auteurs notamment du Président des riches (éditions Zones/La Découverte), au soir du 2 février 2011, lors d’une « Teuf à Babeuf » cloître Dewailly à Amiens (Somme). D’ici à la publication dans l’Humanité, dans le courant de la semaine du 21 au 25 février, d’un cahier de quatre pages Humaginaire autour de la lutte, des classes et des Pinçon, vous pourrez lire quelques compléments inédits, fragmentaires et bruts de fonderie sur ce blog. Pour suivre le feuilleton et connaître la date précise de publication dans l'Huma, abonnez-vous à nos nouvelles dans la colonne ci-contre.