Peut-être
Par TL, le mardi 31 mai 2011, 17:27 - Formes des luttes - Lien permanent
« Tout ce qu’on dit de mal sur le Paris d’aujourd’hui est vrai, écrit Eric Hazan dans Paris sous tension (éditions La fabrique, mars 2011, 12 euros). Que les rues chics du centre ressemblent au duty free d’un aéroport international, que l’apartheid entre les riches et les pauvres est de plus en plus rigoureux, que la part des quartiers populaires du nord et de l’est se rétrécit chaque jour davantage, qu’on ne trouve plus de lieux de réunion, l’idée même de réunion ayant perdu une bonne part de son sens. Le vocabulaire des journalistes spécialisés, des sociologues et des édiles reflète la grisaille qui s’étend sur la ville – la grisaille, et non le gris qui est la grande couleur parisienne, celle du zinc des toits, du granit des trottoirs et du crépi des artistes plâtriers, autrefois creusois et aujourd’hui maliens. Proximité, mixité, convivialité, solidarité, tout ce fatras résonne comme la dénégation d’une grande perte, celle de l’idée d’un bonheur commun. »




Sur la place de la Bastille, ce mardi midi, il reste quelques papillons, une ou deux inscriptions au sol, rien d’autre. Tout a été nettoyé. Les cartons « Grèce générale » ou « Si vous nous empêchez de rêver, nous vous empêcherons de dormir » ont disparu, tout comme la banderole impérative « Paris, réveille-toi ». La police veille, elle. Matraques. Somnifères. Interdiction de stationner sur les marches, interdiction de se réunir à plus de deux sur le parvis. Tout est sous contrôle.

Les « indignés » – ou quel que soit leur nom – ont décidé de se désigner comme « révolution » avant de la faire : sur les réseaux sociaux, ils utilisent, pour se reconnaître, les catégories #prisedelabastille ou #frenchrevolution. On peut glousser ou être irrité, mais ils se lient à une aspiration profonde dans les sociétés. Aspect très révélateur et constituant, peut-être, la belle promesse de cette émergence citoyenne, le succès des cahiers de doléances installés dimanche sur un tréteau au pied des marches de l’opéra. Pendant cinq à six heures, on se pressait pour jeter quelques phrases dénonçant une démocratie amputée, le vol dans la répartition des richesses ou ces politiques d’austérité qui interdisent toute perspective de justice sociale. Mais aujourd’hui, où sont passés ces voix, ces doléances, ces slogans ?