Quand le patronat défend ses colonies
Par TL, le mardi 16 février 2010, 18:06 - La ville est à nous ? - Lien permanent
Elle a évoqué les retraites (suggère de repousser l'âge de départ - vu que nous avons, selon elle, une espérance de vie proche de cent ans -, d’introduire une dose de capitalisation dans le régime général, de travailler et boursicoter plus), proposé de généraliser les mécanismes d’exonération de charges sociales pour les embauches de demandeurs d’emploi en fin de droits, annoncé le programme de délibérations sociales avec les partenaires sociaux, rejeté l’idée de tchatcher avec ceux-là du partage de la valeur ajoutée – elle est prête à les informer dans les entreprises, mais pas touche au gâteau qui doit croître encore et encore, avant que les salariés se voient gratifiés d’un bout de la croûte. Au point presse mensuel de Laurence Parisot, la présidente du Medef, on va de surprise en surprise ce mardi matin. A un moment, elle se penche sur son pupitre et annonce, solennelle : « Je veux vous parler d’un sujet dont, je crois, nous ne vous avons pas encore parlé. » Oreilles tendues.
« Nous avons une préoccupation très forte sur le terrain, liée à la mise en place de la taxe locale sur la publicité extérieure, détaille la patronne des patrons. C’est une taxe qui frappe tout signe extérieur visuel, y compris les informations obligatoires de par la loi. Seules les entreprises sont soumises à cette taxe. Je vais prendre un exemple : si, demain, une association met une grande enseigne, elle ne paiera pas la taxe, mais s'il nous vient l’idée à nous, au Medef, de mettre une enseigne sur le toit, nous paierons la taxe, soit. Si vous êtes à l’Hôtel de ville de Paris et que vous affichez une enseigne Mairie de Paris, il n’y aura aucune taxe sur cette enseigne. » (La présidente du Medef ignore que son organisation elle-même n’est pas une entreprise, mais une association ou peut-être même un syndicat – quelle horreur -, mais passons !) Et Laurence Parisot prophétise ensuite : « Il va y avoir une mobilisation très forte des Medef territoriaux sur ce sujet. Probablement aussi, dans un certain nombre de cas, des actions juridiques vont être intentées. » Le Mouvement des Entreprises de France emprunte donc le sentier des néons et de la guerre. Une guerre, oui : il faut bien défendre tout ce que le privé a déjà conquis en territoire public, colonisé dans l'environnement et dans les têtes.
Ajout du 16 mars 2010 : Un mois plus tard, Stéphan Brousse, animateur de la cellule TPE-PME auprès de Laurence Parisot, confirme l'engagement du Medef dans la bataille. « On n’est pas contre le fait d’avoir une vision moins polluée des villes, bien entendu, mais on doit pouvoir négocier avec les maires sur le montant de la taxe. Au minimum, on va demander un plafonnement de cette taxe… » Bien entendu ?