De la résolution à la révolution
Par TL, le jeudi 05 janvier 2012, 18:20 - Droit d'association - Lien permanent
Donc, on était à 23 heures le 31 du 12 de 2011 place de la République à Paris pour les vœux de la révolte. Il n’y avait pas foule, c’est vrai, mais quand même, c’était sympa. Sur des petits ballons, chacun était invité à foutre le vœu, le sien propre, pour qu’à minuit pile, le vent emporte tout. Un couple de touristes vénitiens est passé par là ; ils sont restés une heure pour « faire nombre », pensant dans un premier élan avoir affaire à des indignés, puis pas rancuniers, ils ont partagé une petite bouteille de champagne en s’excusant du caractère bourgeois de ces bulles. Dans leurs billets partis dans le ciel, ils ont souhaité la rivoluzione. Les autres, va savoir ce qu’ils ont écrit, mais ça devait être du même tonneau !
En triant de vieux papiers, je glisse sur un hors-série des Inrockuptibles, avec Arte, de décembre 1999. Il s’intitule « Moi, maintenant* à la veille de l’an 2000 / *1 000 réponses pour une question : qu’est-ce qui est le plus important, pour vous, en ce moment ? » Derrière une note d’intention qui se gargarise de « témoigner de notre état au moment du basculement » et d’« apporter une contribution à l’enterrement de deux mille ans », des petits portraits en noir et blanc d’inconnus et de peoples, soulignés par quelques phrases.
Un inventaire à la sévère de ce qui compte, au fond, dans la vie ?
« Un bon verre de vin, un bon amant, un beau coucher de soleil. »
« Choisir un nom pour mon bébé. »
« Gagner le gros lot dans un jeu. J’ai envie d’une vie meilleure, de loisirs... »
« Manger des coquillettes à la carbonara dans un bon bain chaud en écoutant Björk. »
« Que ma femme accouche. Avoir mon bébé dans les bras. »
« Réussir l’entretien de cet après-midi. Sinon, mon obsession, c’est de me bouger, sortir, faire du sport et préparer les vacances. »
« Mettre mon enfant au monde dans de bonnes conditions. »
« Que ça sèche bien. L’herbe, il faut que ça sèche. »
« Un petit bonhomme. »
« Que ma petite femme réussisse enfin ses examens, histoire qu’elle rentre à la maison… Et qu’elle commence à travailler pour gagner notre vie ! »
« Je voudrais voir la fin de l’intolérance, de l’exclusion, et l’instauration du communisme libertaire. »
« Mes deux enfants. Ça a été la révélation de ma vie depuis deux ans et demi. Je me dis qu’il y a un avant et un après les enfants. Avant, tu te compliques la vie, après, tu essaies de la simplifier... »
« Shopping, shopping, shopping ! »
« Trouver l’âme sœur. Ce n’est pas si évident. J’aimerais pouvoir répondre mes enfants, mais... »
« A boire et du fric ! »
« Que ça le fasse pour tout le monde, y compris pour moi. Que tout le monde s’y retrouve. Que les gens qui m’entourent arrivent à faire ce dont ils ont envie. Qu’on aille jusqu’au bout des choses ! »
« Mon fils Pierre. Et arrêter de me faire chier. »
« Gagner de l’argent pour pouvoir habiter au soleil, ne plus travailler, vivre d’amour et d’eau fraiche... »
« Ne pas passer pour un con. »
« Je ne veux pas aller travailler à la Plaine-Saint-Denis. »
« Ne pas péter plus haut que son cul. »
« Ma petite femme. »
« En ce moment ? A vrai dire, comme toujours, c’est moi-même ! »
(...)
Dans tout ça, tout ça, il y a l’individu, le milieu, le cocon, le moyen. Puis parmi ces mille visages, un spectre rigolard surgit pour ajouter encore à la désolation.
Douze
ans après, où allons-nous ? Dans quelques jours, le 18 janvier, sortira en
librairie l’ouvrage élaboré à partir du Tambour des
doléances. Avec le temps, tout ne part pas à la renverse, on pourra le
mesurer, je crois, dans Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (les
Prairies ordinaires). Mais on en reparlera sans aucun doute de ces
doléances contemporaines. Bonne année ! De la résolution à la
révolution, que ça le fasse pour tout le monde !



