En triant de vieux papiers, je glisse sur un hors-série des Inrockuptibles, avec Arte, de décembre 1999. Il s’intitule « Moi, maintenant* à la veille de l’an 2000 / *1 000 réponses pour une question : qu’est-ce qui est le plus important, pour vous, en ce moment ? » Derrière une note d’intention qui se gargarise de « témoigner de notre état au moment du basculement » et d’« apporter une contribution à l’enterrement de deux mille ans », des petits portraits en noir et blanc d’inconnus et de peoples, soulignés par quelques phrases.

Un inventaire à la sévère de ce qui compte, au fond, dans la vie ?

« Un bon verre de vin, un bon amant, un beau coucher de soleil. »

« Choisir un nom pour mon bébé. »

« Gagner le gros lot dans un jeu. J’ai envie d’une vie meilleure, de loisirs... »

« Manger des coquillettes à la carbonara dans un bon bain chaud en écoutant Björk. »

« Que ma femme accouche. Avoir mon bébé dans les bras. »

« Réussir l’entretien de cet après-midi. Sinon, mon obsession, c’est de me bouger, sortir, faire du sport et préparer les vacances. »

« Mettre mon enfant au monde dans de bonnes conditions. »

« Que ça sèche bien. L’herbe, il faut que ça sèche. »

« Un petit bonhomme. »

« Que ma petite femme réussisse enfin ses examens, histoire qu’elle rentre à la maison… Et qu’elle commence à travailler pour gagner notre vie ! »

« Je voudrais voir la fin de l’intolérance, de l’exclusion, et l’instauration du communisme libertaire. »

« Mes deux enfants. Ça a été la révélation de ma vie depuis deux ans et demi. Je me dis qu’il y a un avant et un après les enfants. Avant, tu te compliques la vie, après, tu essaies de la simplifier... »

« Shopping, shopping, shopping ! »

« Trouver l’âme sœur. Ce n’est pas si évident. J’aimerais pouvoir répondre mes enfants, mais... »

« A boire et du fric ! »

« Que ça le fasse pour tout le monde, y compris pour moi. Que tout le monde s’y retrouve. Que les gens qui m’entourent arrivent à faire ce dont ils ont envie. Qu’on aille jusqu’au bout des choses ! »

« Mon fils Pierre. Et arrêter de me faire chier. »

« Gagner de l’argent pour pouvoir habiter au soleil, ne plus travailler, vivre d’amour et d’eau fraiche... »

« Ne pas passer pour un con. »

« Je ne veux pas aller travailler à la Plaine-Saint-Denis. »

« Ne pas péter plus haut que son cul. »

« Ma petite femme. »

« En ce moment ? A vrai dire, comme toujours, c’est moi-même ! »

(...)

Dans tout ça, tout ça, il y a l’individu, le milieu, le cocon, le moyen. Puis parmi ces mille visages, un spectre rigolard surgit pour ajouter encore à la désolation.

Extrait du hors-série des Inrockuptibles, décembre 1999

Couverture du recueil de doléances contemporaines à paraître le 18 janvier 2012Douze ans après, où allons-nous ? Dans quelques jours, le 18 janvier, sortira en librairie l’ouvrage élaboré à partir du Tambour des doléances. Avec le temps, tout ne part pas à la renverse, on pourra le mesurer, je crois, dans Est-ce ainsi que les hommes vivent ? (les Prairies ordinaires). Mais on en reparlera sans aucun doute de ces doléances contemporaines. Bonne année ! De la résolution à la révolution, que ça le fasse pour tout le monde !