

Qui l’a fait ? Un artiste ? Que signifie ce portrait de Mélenchon,
rue Jacob, à Paris, sans la moindre référence aux élections, au Front de gauche
qu’il guide, sans la moindre trace du rouge qui sert de fond à toutes ses
affiches officielles ? C’est mon premier choc avec la campagne électorale
française, arrivé ici, le 20 mars 2012. La campagne des affiches, je veux dire,
celle qui te surprend au coin de la rue.
Comme le portrait qu’un mois après, j’ai trouvé à Marseille, pas loin de la rue
Jaurès. Même pratique, style différent, c’est sûr, et il ne s’agit sans doute
même pas d’un candidat. Je n’en sais rien, mais il me semble bien que c’est
Cantona qui, du reste, avait émis l’hypothèse d’être candidat, il y a quelques
temps, non ?
vendredi 20 avril 2012
Non, je n'ai pas résisté, par Roberto Ferrucci
Par TL, le vendredi 20 avril 2012, 23:10 - La ville est à nous ?
Pourquoi la danse ne continuerait-elle pas?
Par TL, le vendredi 20 avril 2012, 14:44 - Fragments, petites formes
lundi 16 avril 2012
Un peuple, des détails
Par TL, le lundi 16 avril 2012, 16:02 - Fragments, petites formes
jeudi 05 janvier 2012
De la résolution à la révolution
Par TL, le jeudi 05 janvier 2012, 18:20 - Droit d'association
Donc, on était à 23 heures le 31 du 12 de 2011 place de la République à Paris pour les vœux de la révolte. Il n’y avait pas foule, c’est vrai, mais quand même, c’était sympa. Sur des petits ballons, chacun était invité à foutre le vœu, le sien propre, pour qu’à minuit pile, le vent emporte tout. Un couple de touristes vénitiens est passé par là ; ils sont restés une heure pour « faire nombre », pensant dans un premier élan avoir affaire à des indignés, puis pas rancuniers, ils ont partagé une petite bouteille de champagne en s’excusant du caractère bourgeois de ces bulles. Dans leurs billets partis dans le ciel, ils ont souhaité la rivoluzione. Les autres, va savoir ce qu’ils ont écrit, mais ça devait être du même tonneau !
jeudi 29 décembre 2011
Mais qu'est-ce qu'on attend pour foutre le voeu ?
Par TL, le jeudi 29 décembre 2011, 19:46 - Résistances

Si c'est pas maintenant, alors quand ? L'OCU (organisation des
citoyens unis) lance un appel aux VOEUX DE LA REVOLTE.
« Désobéir pour pouvoir réorganiser nos solidarités
face à des impôts injustes
qui frappent lourdement tous les citoyens,
particulièrement les plus pauvres
et bénéficient à la caste au pouvoir
et à ses très riches complices
qui se gavent de nos dettes.
Pour un impôt solidaire,
une redistribution équitable des richesses,
renversons ce gouvernement.
Rassemblons-nous dans nos communes
pour partager nos exigences, nos rêves et nos envies,
inventer ensemble les formes de nos luttes
de désobéissance civique face à toutes ces injustices. »
A Paris, rendez-vous est donné le 31 décembre à 23
heures, place de la République. Nous ne sommes rien, soyons
tous !
Image de Ne pas
plier
mardi 06 décembre 2011
Les doléances de la France populaire, une série dans l'Huma
Par TL, le mardi 06 décembre 2011, 18:17 - Paru dans l'Huma
Depuis le 28 novembre, l'Humanité publie, en pages centrales, du lundi au mercredi une série de reportages et d'enquêtes intitulées de façon générique "Portrait de la France populaire". Il s'agit de donner à voir les invisibles, de recenser leurs doléances et leurs histoires. Pour les photographies, le quotidien a choisi de s'inspirer du mouvement assez fascinant des 99% aux Etats-Unis dont nous avons parlé ici.
L'épisode de demain constitue, en quelque sorte, le prolongement d'un autre billet de ce blog.
A lire et à voir, du lundi au mercredi, dans l'Humanité, et
cela, jusqu'à nouvel ordre!
vendredi 14 octobre 2011
Le cahier de doléances de Wall Street
Par TL, le vendredi 14 octobre 2011, 15:41 - Droit d'association
Je lutte des classes, qu’on disait ici. Ailleurs, quelque chose arrive aussi : aux Etats-Unis, dans le cadre du mouvement des indignés, baptisé là-bas Occupy Wall Street, certains revendiquent maintenant une appartenance à l’intersection de l’intime et du collectif : je suis les 99 %, de ceux qui perdent tout dans la guerre des classes, nous sommes le 99 %, je suis les laissés-pour-compte du système, et nous voulons que ça change ! Tout ce qui se dit quand y a tout qui va pas. Ce qui va de soi, ce qui coule de nous. Regardez voir, que demande le peuple !
mardi 11 octobre 2011
... Et nous allons la réinventer
Par TL, le mardi 11 octobre 2011, 17:50 - Formes des luttes
Un cahier de quatre pages JE LUTTE DES CLASSES réalisé par le
collectif Ne pas plier qui dispose désormais d'un site internet à
explorer.
samedi 03 septembre 2011
Je peux t'embrasser, Charlie ?
Par TL, le samedi 03 septembre 2011, 18:34 - La tyrannie de la réalité
A l’Humanité, on n’y va jamais avec le dos de la cuillère. On exagère, c’est légendaire. Quand, à l’aube du jeudi 9 novembre 2006, des centaines de gendarmes et de CRS investissent Nouzonville, une petite bourgade tranquille des Ardennes, pour déloger les ouvriers qui, revendiquant une prime de 30.000 euros, occupent les Ateliers Thomé-Génot, le quotidien titre, le lendemain, à la Une : « Les CRS lancés contre des vies brisées ». Il n’y a pas mort d’homme, pourtant. C’est l’ordre républicain qui reprend la place face à la menace : on ne peut pas occuper une usine même quand elle est en liquidation judiciaire, on n’a pas le droit de tout faire brûler même quand la boîte a été pillée par des actionnaires américains qui, eux, ne seront jamais rattrapés. Sous ce titre, une photo de Patrick Nussbaum : on y voit un petit bonhomme moustachu, traits tirés, visage crispé, des larmes dans les yeux, à moitié recroquevillé, les bras croisés sur la poitrine ; à sa droite, une dame en imper turquoise qui, d’une main, lui tape dans le dos et, dans l’autre, tient un quignon de pain ; à l’arrière-plan, contre le mur de l’usine, deux gendarmes aux visages floutés et en tenues anti-émeute fixent, eux, l’appareil ; le plus jeune esquisse un sourire, on dirait…
L’homme qui pleure sur la photo s’appelle Charles Rey, mais tout le monde dit Charlie. C’est un « ouvrier d’usine » comme il aimait se définir. Il est là depuis des semaines, il ne compte pas ses heures dans la lutte. Pas plus fragile que les autres, mais voilà qu’il craque, Charlie, c’est rien, c’est humain. Ça fout la rage. Charlie, qu’il s’appelle, mais maintenant, il est mort. Vies brisées. Charlie est mort dans la nuit de jeudi à vendredi.
vendredi 26 août 2011
Le besoin d'apprendre, un texte de John Berger
Par TL, le vendredi 26 août 2011, 12:44 - Droit d'association
Commentez sur le besoin d’apprendre et l’ignorance irresponsable. L’intitulé ressemble à un sujet d’examen dans quelque établissement pédagogique. Mais ici, c’est celui du récit d’événements qui se sont produits le même week-end.
Vendredi 13 mai 2011, la pleine lune luit au-dessus des Alpes françaises. L’air est très clair, on voit ses cratères à l’œil nu. A New York, Dominique Strauss-Kahn, le président du Fonds monétaire international (FMI) et candidat probable du Parti socialiste aux élections présidentielles françaises, a réservé une suite à 3 000 dollars la nuit à l’hôtel Sofitel de Manhattan.
Samedi 14, dans la petite ville de Thorens-Glières, en Haute-Savoie, plus d’un millier de personnes venues de toute la France participent à un Rendez-vous citoyen pour débattre et réfléchir sur les stratégies de Résistance, armée et politique. D’anciens résistants français ayant combattu l’occupation allemande évoquent sereinement leur expérience d’il y a soixante-dix ans. L’heure n’est pas à lancer une campagne politique, mais à s’interroger ouvertement, entre générations, sur le comportement à adopter, sur les moyens de protester face à l’inacceptable.
mardi 23 août 2011
Au nom de l'appétit de l'esprit et de l'estomac
Par TL, le mardi 23 août 2011, 17:40 - Papiers froissés
« Il faut qu’au jour de la bataille sociale, on sache bien qu’on expose sa vie, non seulement pour faire triompher telle ou telle devise, mais surtout, et surtout pour conquérir son droit à l’existence ; et les devoirs remplis, le moyen de donner satisfaction à ses besoins.
Je crois que si, au jour de la grande bataille, ceux qui descendent dans la rue et retroussent leurs manches pour s’aligner en face de leurs adversaires, sont bien pénétrés de ces idées claires comme le jour, qui ne demandent ni de profondes études ni de longs développements, je crois, dis-je, qu’ils auront assez de cœur au ventre et de sang dans les veines pour ne pas abandonner la partie avant de l’avoir gagnée.
Les citoyens qui ont été mêlés aux tourmentes qui agitent la société depuis une quarantaine d’années seront certainement de mon avis.
Il ne suffit pas – et juin 1848, et mai 1871 nous en ont donné la preuve – d’avoir le cerveau bourré d’excellents arguments, de projets et de solutions plus ou moins économiques ; il ne suffit même pas d’être armé jusqu’aux dents, d’avoir à disposition des arsenaux, des canons, des mitrailleuses et des munitions, si l’on manque du sens pratique de la Révolution.
Je citerai bien des cas où les combattants de la Commune, traqués et sans espoir d’échapper au massacre, témoignaient encore de leur respect de la propriété et à ce qu’on est convenu d’appeler la légalité.
mercredi 20 juillet 2011
Gênes, 20 juillet 2011, 17h27, dix ans sans Carlo ni justice
Par TL, le mercredi 20 juillet 2011, 17:27 - Paru dans l'Huma
« Archiviato ». En italien, ça claque comme un coup de balai, une injonction : Aux archives! En français, on dit non-lieu, et ce n’est guère mieux : il ne s’est rien passé le 20 juillet 2001, à 17h27, sur la Piazza Alimonda, à Gênes. Depuis le milieu de cette journée, il y a dix ans exactement, les bataillons de police et de gendarmerie, pas pressés de contenir le black block mais fanatisés par l’hystérie alarmiste du gouvernement Berlusconi et des médias dominants en Italie, attaquent systématiquement les manifestants anti-G8 sur les parcours autorisés. Charges violentes, matraquages et déjà, quelques tirs à balle réelle, en l’air. A 17h27, sur la Piazza Alimonda, un ragazzo, un jeune homme de 23 ans, tombe à terre, touché en pleine tête par une des deux ballées tirées par un gendarme posté dans une jeep. Il s’appelle Carlo Giuliani. Et, pour la magistrature génoise qui a prononcé le non-lieu dès mai 2003, le gendarme était en état de légitime défense et, en plus, le projectile a été détourné par une pierre lancée pendant les heurts.
Dix ans après le contre-G8 de Gênes, derrière l’abjection judiciaire, la justice n’a pas été faite, et la vérité n’a pas été établie. Un mort, de dizaines de manifestants arrêtés et maltraités dans les casernes, des centaines de blessés… Les artisans de ce massacre, policiers, militaires et politiques, n’ont pas été inquiétés, mais promus. Mais il y a une Italie qui n’oublie pas. Elle se retrouve à partir d’aujourd’hui et jusqu’à dimanche dans le grand port ligure pour manifester et continuer la lutte. Dans ce pays-là, une trentaine d’écrivains viennent de donner chacun un récit sur et autour de Gênes pour un ouvrage collectif (Per sempre ragazzo, sous la direction de Paola Staccioli, Marco Tropea editore, 10 euros) au bénéfice du comité Piazza Carlo Giuliani qui rassemble les parents et les amis du jeune homme. L’Humanité a proposé à trois de ces auteurs, Lidia Ravera, Valerio Evangelisti et Roberto Ferrucci, de publier leurs textes en français. Ils sont assez différents les uns des autres, vous allez voir...

mardi 12 juillet 2011
Et le profit crève de honte de voir des ouvriers joyeux
Par TL, le mardi 12 juillet 2011, 16:44 - Voir le voir
Voici, en images et en PDF, le dernier numéro de Cigale, publié par le PCF à l'occasion du Festival d'Avignon. Coordonné par Christophe Adriani et réalisé par Gérard Paris-Clavel, c'est un vrai « casse-croûte scripto-visuel pour les luttes », allez-y voir, et cliquez pour que ça soit mieux !
lundi 06 juin 2011
Et maintenant ?
Par TL, le lundi 06 juin 2011, 20:54 - Papiers froissés
L'eau a coulé sous les ponts, dit-on souvent, mais elle revient quand même - on le pense parfois. Loi du cycle : le liquide s'évapore, finit par former un nuage, retombe en pluie ou en neige, s'écoule et rebelote ! Voici un jeu de cartes postales que Sophie Wahnich a mis entre nos mains en fin de semaine dernière. Il émane d'un collectif éphémère - Et maintenant ? - à laquelle l'historienne a participé en 2003, à Paris, puis à Lyon. C'était après un certain 21 avril ; avant d'autres dates, passées maintenant ou encore à venir. Il y a, au dos de ces objets, quelques textes associés et une invitation à « déposer votre voix ». Voix, doléances, slogans, déjà, toujours. Ecoutez voir !
Hurler dans le désert, printemps 2003
J'ai une grande gueule, j'ai un poids, j'ai un certain volume corporel, et le fait d'avoir un volume corporel, ça entraîne à se faire entendre.
J'ai une voix qui porte loin, une voix assez grave on m'a dit, enfin moi je m'en aperçois pas mais on m'a dit tout ça...
Comme j'ai une voix qui porte loin, on veut m'entendre, on vient me chercher pour essayer de me faire parler.
Vous êtes ici, un envoi de Dugudus
Par TL, le lundi 06 juin 2011, 17:51 - Des images pour les mouvements
Depuis quelques jours, à Bastille, Beaubourg et ailleurs, les indignés parisiens sont encerclés par la police et les gendarmes mobiles. En assemblée générale, ils tentent de trouver un consensus sur la conduite à adopter.
« Proposition de la commission Action : pour agir en citoyens,
dépôt en préfecture de toutes les actions réalisées.
• Un contre : soyons réalistes, si l’on dépose la liste des actions en
mairie, elles n’auront pas lieu;
• Un pour : si tout est fait de manière sauvage, on ne rassemble pas
aussi largement;
• Reformulation : dépôt en préfecture des AG, des commissions, des
casserolades et des flash-mobs;
• Un contre : on n’a jamais vu déposer une action en
préfecture;
• Un pour : déposer en préfecture toute action, y compris le
campement;
• Reformulation renvoyée en commission : dépôt de toutes les actions
de plus de 3 personnes en préfecture. »
Sérigraphie de Dugudus, collée à Paris la semaine dernière..
mardi 31 mai 2011
Peut-être
Par TL, le mardi 31 mai 2011, 17:27 - Formes des luttes
« Tout ce qu’on dit de mal sur le Paris d’aujourd’hui est vrai, écrit Eric Hazan dans Paris sous tension (éditions La fabrique, mars 2011, 12 euros). Que les rues chics du centre ressemblent au duty free d’un aéroport international, que l’apartheid entre les riches et les pauvres est de plus en plus rigoureux, que la part des quartiers populaires du nord et de l’est se rétrécit chaque jour davantage, qu’on ne trouve plus de lieux de réunion, l’idée même de réunion ayant perdu une bonne part de son sens. Le vocabulaire des journalistes spécialisés, des sociologues et des édiles reflète la grisaille qui s’étend sur la ville – la grisaille, et non le gris qui est la grande couleur parisienne, celle du zinc des toits, du granit des trottoirs et du crépi des artistes plâtriers, autrefois creusois et aujourd’hui maliens. Proximité, mixité, convivialité, solidarité, tout ce fatras résonne comme la dénégation d’une grande perte, celle de l’idée d’un bonheur commun. »
dimanche 29 mai 2011
Qui a peur
Par TL, le dimanche 29 mai 2011, 11:30 - Des images pour les mouvements
Samedi 28 mai, dans tout le pays et à Paris, entre Barbès et la République, en passant par Belleville – bel itinéraire –, des manifestations étaient organisées par la coordination D'ailleurs nous sommes d'ici. Il y avait du monde, c'était chouette. Dans les premiers rangs du cortège, de grandes affiches éditées et rééditées par le collectif des graphistes au travail (le CGT) ont donné du relief aux luttes.
jeudi 26 mai 2011
Que demande le peuple, le cahier de doléances de Vierzon
Par TL, le jeudi 26 mai 2011, 07:17 - Paru dans l'Huma
Mais quoi, encore ? Voici un cahier de doléances. C’est ce qui vient. Ce qui sort comme ça. Ça a mauvaise presse, les doléances, souvent : on entend récriminations, du criminel dans l’air, ou pleurnicheries, des sanglots dans la gorge. On n’est pas en 1789 : si on rebouche le trou sur mon trottoir, ah, ça ira ! Et pourtant. Ces mots sont ceux qui émergent spontanément quand des citoyens se mettent en tête de parler. Ce n’est pas rien. Parler d'eux, de ce qui n'est plus supportable. Parler de qui doit changer pour tous. Prises de bec, petits tas de colères et de douleurs, mais pas que.
Un cahier de doléances, donc. Il a été élaboré ces dernières semaines, avec douze femmes et hommes, à Vierzon, dans le Cher. C'est là, ça aurait pu être ailleurs – à votre tour de tambouriner ! Et dans ce concert, Sophie Wahnich, historienne de la Révolution française, pointe les armes dans la voix. Il existe une parole populaire qui, directe, éclabousse tantôt comme de la lave, tantôt comme une larme. Ce sont des plaintes individuelles qui cherchent une issue collective, encore et encore, malgré tout. Qu'est-ce qui crie du peuple ? Il y a aussi des brèches dans les existences, mais qui les dénonce ? Qui cherche à les combler ? Tous ces trous partout, une vraie passoire : c'est la politique qui est vidée, alors ? Rien de sûr, car, voilà, ce sont des doléances, elles composent un cahier, et ce sont les vies qui, à travers les affects et les mots, retournent au politique. Ce n’est pas rien, non. Que demande le peuple !
mercredi 25 mai 2011
Voix, doléances, slogans, par Sophie Wahnich
Par TL, le mercredi 25 mai 2011, 17:07 - Paru dans l'Huma
La voix, c’est du corps. Mais un corps qui se fait oublier dès que l’articulation des paroles advient. La voix est du côté de l’inarticulé, du cri ou du silence consterné, consternation qui ne trouverait plus de mots. Mais la voix, c’est aussi le chant de sirènes qui peuvent vous perdre quand elle est au cœur de l’identification à des leaders monstrueux qui savent, comme on dit, donner de la voix pour flatter un auditoire prêt à se ruer sur tout ce qui ressemblerait de près ou de loin à de l’étranger, de la menace imaginaire. La voix, c’est encore celle du commandeur qui dit la loi.
En démocratie, le commandeur, c’est le peuple, dit-on. Une crainte rôde. Comment s’assurer de ne pas voir le peuple transformé en jouet par des manipulateurs ventriloques. Bascule démagogique. Avec la Révolution française, cette voix du peuple était pourtant devenue sacrée, et ne pouvait pas être tribun du peuple qui voulait. Double oscillation de la voix, entre corps et sens, entre abjection de la foule tueuse et sublimation de la loi juste.
Lorsqu’on ouvre un cahier de doléances, on rencontre des énoncés de misère vécue, des plaintes, des espoirs. Derrière les mots, ce serait comme une voix plaintive qui serait là sous le texte, comme ces morts qu’il faut réveiller dans l’histoire de Michelet. Les doléances réveillent des voix et proposent un premier déplacement du corps au logos, une politique à l’état naissant du côté de l’écriture ou de l’oralité transcrite, du modèle recopié mais transfiguré. La plainte, le deuil, la doléance inventent une langue qui loin d’effacer la voix comme objet réel, proposerait les motifs capables de la rendre plus présente, de la faire entendre et de faire sentir ce que le peuple a senti. La doléance redonnerait ainsi par un double mouvement sa voix au peuple.
Dans la foulée du Tambour des doléances
Par TL, le mercredi 25 mai 2011, 17:02 - Paru dans l'Huma
« (...) De quelle autorité parle la doléance ? De l’autorité de l’épreuve des jours, de l’autorité d’une connaissance qui serait nouée à cette épreuve sensible constante qui affecte les corps pensants, une connaissance qui reste insoupçonnée malgré la fatigue, la répétition, malgré le poids du déni, malgré l’information qui nous bombarde, malgré les écrans qui nous accaparent, une connaissance par rencontre des corps, connaissance de soi, connaissance de l’autre, connaissance du monde, qui n’a rien de virtuelle. Elle est souvent arc-boutée au travail, à des bribes de savoir, à des lectures, à des histoires, à des mots qui s’échangent, malgré tout quand il reste encore un peu de disponibilité pour écouter, tendre l’oreille, une oreille curieuse ou compatissante, une oreille rêveuse ou maussade, une oreille attentive.
C’est alors l’intimité du sentiment de la justice et de l’injustice qui permet à quiconque de déplacer l’impossible, d’interpréter les situations politiques et d’agir sur elles en se référant à la nécessité de résister à l’oppression. Le lien politique amical consiste ici à tenter de traduire des expériences sensibles à l’égard du juste et de l’injuste. Il nous semble juste de dire nos doléances pour produire la liberté politique dans un processus qui arrache les corps souffrants à leur condition et faire en sorte que chaque citoyen soit vraiment convoqué à participer à l’élaboration de la loi comme bien commun. (…) »
Extrait de l'appel du Tambour des doléances. Venez tambouriner avec nous !
A lire aussi: Que demande le peuple, le cahier de doléances de
Vierzon et Voix,
doléances, slogans, par Sophie Wahnich A voir: la
mise en forme du quatre
pages réalisée par Nicolas Filloque et Adrien Zammit de l’Atelier
Formes Vives. Les
trois images illustrant cette édition électronique en sont extraites.
Et, enfin, à relire ou à revoir:
Révolution, remettre les pendules à l'heure, par Sophie Wahnich et
Formes Vives, une double page publiée dans l'Huma le 13 juillet
2010.
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