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Fragments, petites formes

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dimanche 05 septembre 2010

Une subtile odeur de roussi

D’après un compte-rendu officiel, daté de mai dernier, de l’une des assemblées permanentes du Medef et dont, au milieu des articles sur l'université d'été du patronat, l’Humanité publie des extraits dans son édition de samedi, Laurence Parisot invite ses troupes à agir sur les retraites « avec subtilité pour pouvoir se faire comprendre et faire admettre ses idées ». Un peu plus loin, dans le même document, le Medef écrit noir sur blanc : « Il est évident que le gouvernement et le patronat cherchent à éviter les chocs. Si l’on arrivait à d’énormes manifestations, il est certain que le pouvoir calerait. »

Compte-rendu interne de l'assemblée permanente du Medef, daté du 18 mai 2010, fac-similé publié dans l'Humanité du 4 septembre

lundi 17 mai 2010

Oh putain, ça recommence (Emile Zola)

Les médiateurs culturels du Musée de la Mine et du Musée d’Art et d’Industrie ont profité de la nuit des musées, organisée samedi dernier à Saint-Étienne (Loire), pour dénoncer leurs conditions précaires. Voilà dix ans qu’ils triment à la demande, à la tâche, à la journée, à la petite semaine, sous-travailleurs surdiplômés, employés comme vacataires, sans congés payés, avec un filet troué de couverture sociale et des salaires élastiques cloués au plancher. Dans un communiqué de presse, ils dénoncent : « la municipalité actuelle s'est, dès sa prise de fonction, engagée à régulariser ces emplois déguisés. L'intention était louable et courageuse et nous a fait espérer une évolution positive. Mais en imposant des temps non complets avec un taux horaire faible, la solution qui nous a été proposée déplace et accentue la précarité : salaires encore plus faibles, annualisation du temps de travail qui empêche la recherche d'activités professionnelles complémentaires, couverture sociale inchangée. »

A Saint-Étienne, ça va un peu loin dans la conservation du patrimoine : c’est Germinal ! « Cette fosse, tassée au fond d'un creux, avec ses constructions trapues de briques, dressant sa cheminée comme une corne menaçante, semblait avoir un air mauvais de bête goulue, accroupie là pour manger le monde. » Et les vacataires redoutent le coup de grisou.

Détournement d'affiches de sécurité à la mine, par les médiateurs culturels du Musée de la Mine de Saint-Étienne

Détournement d'affiches de sécurité à la mine, par les médiateurs culturels du Musée de la Mine de Saint-Étienne

mardi 04 mai 2010

« Si le peuple avait su, il ne se serait pas laissé couper sa tartine comme un enfant »

« Que reste-t-il de l’Ancien Régime ?

Meubles anciens, rideaux, patrimoine, la bourgeoisie a gagné en bas de laine ce que le peuple n’a jamais conquis… à qui la faute ?

A ceux qui gardent ou à celui qui jette ?

A l’origine de l’aristocratie, quelques chevelus venus des steppes envahissent la Gaule. L’un d’eux épouse une catholique et fonde une lignée.

Les moustaches blondes, la tunique, le sabre, tout vous rappelle Astérix, mais contrairement à Astérix, Clovis a existé, fondé une famille, et les membres de cette famille se sont mêlés dans le même sang.

Lorsque la particule tombe, n’ayant été personne, vous devenez quelqu’un, vous avez le sens de la spéculation.

La bourgeoisie est gagnante, et le sans-culotte devient au mieux mineur, magasinier, saisonnier. La bourgeoisie prospère sur les espérances du peuple, elle rachète les terrains des ducs. Si le peuple avait su, il ne se serait pas laissé couper sa tartine comme un enfant.

(Malheureusement, ceux qui font la loi la font pour eux).

Si vous teniez à l’Ancien Régime, il fallait garder vos rideaux et vos napperons. »

Extrait de La Révolution dans la poche, la réjouissante visitation de 1789 et de 1793 surtout, imaginée et écrite par Véronique Pittolo, publiée aux éditions Al Dante, fin 2009, quelques mois avant qu’en Grèce, on décide de glisser la douloureuse aux classes populaires.

mardi 23 février 2010

À ceux qui finiront en faim de droits

Un autocollant de l'association de chômeurs APEIS

« Nous sommes la réalité. C’est pour ça
que nous entendons la changer. Ceux qui nous
gouvernent nous prennent pour des cons.
Bravo de leur donner tort. »

Anonyme, mot écrit sur le « cahier
de luttes » de l’APEIS de Bègles en 1995.

lundi 15 février 2010

Au sens strict

Usine Philips de Dreux (Eure-et-Loir). La direction de la multinationale a envoyé le week-end dernier un courrier pour sommer le personnel de ne pas se présenter à l’usine ce lundi et d’attendre docilement au foyer la notification des licenciements. Les 212 salariés, des femmes à une écrasante majorité, sont venus quand même, et se sont cassés le nez sur un portail cadenassé, protégé par des vigiles avec des chiens. « Voilà, on nous pousse à devenir des révolutionnaires, remarque Manuel Georget, délégué syndical CGT de l'usine. Enfin, des révoltés plutôt, parce qu’on ne peut pas se prétendre révolutionnaires tant qu’on n’aura pas fait de révolution! »

mercredi 03 février 2010

« Nous ignorons ce que signifie l’oubli pour une société »

Dans des papiers à classer, je retombe sur un recto-verso avec le répertoire de chansons de luttes des ouvrières d’Aubade à Saint-Savin, dans le fin fond de la Vienne rurale. L’été dernier, elles se sont bagarrées contre le projet de délocalisation en Tunisie de leur production de sous-vêtements et la fermeture de la dernière usine française du groupe appartenant à une holding suisse (Calida) - mais rien n’y a fait, on le connaît, ce refrain. C’était une des salariées, chanteuse pour les mariages d’habitude, qui avait composé ces paroles sur des musiques populaires au sens qu’elles ont figuré au Top 50. « Il faut extérioriser la joie comme la colère, m’avait-elle expliqué à l’époque, mais chez Aubade, en ce moment, on en revient toujours aux mêmes sujets : RMI, galère, licenciées, pognon, actionnaires, crever de faim… »

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